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Portrait d’une fourmi : Michael Darchambeau
Aujourd’hui, nous échangeons avec Michael Darchambeau. Cofondateur et VP Business Development d’Urbantz, Michael est un ardent défenseur de la durabilité et insuffle cette passion dans notre modèle économique.
Cet entretien fait partie d’une série d’interviews avec les collaborateurs d’Urbantz, ou les Antz, comme nous nous appelons affectueusement. À travers ces conversations, nous voulons découvrir la personne derrière le titre et comprendre ses motivations.
Kasia : Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites chez Urbantz ?
Michael : Bonjour, je suis l’un des cofondateurs d’Urbantz. Actuellement, je suis chargé de développer le chiffre d’affaires et les équipes de l’entreprise, ainsi que des projets innovants. Je me vois un peu comme un évangéliste de l’entreprise : je partage notre vision lors d’événements et j’inspire les gens avec ce que nous faisons. C’est l’un de mes objectifs, communiquer notre vision à l’extérieur. Un autre de mes objectifs est de bâtir une entreprise durable sous tous ses aspects, qu’il s’agisse d’offrir des opportunités aux collaborateurs ou de promouvoir la durabilité dans nos opérations.
Diogo : Depuis vos études, vous êtes très engagé en faveur d’une croissance durable. Pouvez-vous nous parler brièvement de votre premier projet à impact social positif ?
M : Ma famille a toujours aimé voyager. Tout est donc parti d’une envie de découvrir le monde. Cela m’a aidé à comprendre à quel point il est vaste et que tout le monde n’a pas les mêmes chances dans la vie que nous. En école de commerce, j’ai choisi d’étudier le développement économique pour comprendre l’impact social d’une entreprise. J’ai effectué mon stage chez Suez, en tant qu’ingénieur, pour apprendre comment une entreprise pouvait être au service de la société. Ils soutenaient des missions d’aide humanitaire en Afrique en développant l’accès à l’électricité. Cela a éveillé mon envie de continuer à travailler sur des missions humanitaires, et j’ai donc fondé une ONG pour apporter l’électricité dans un village tanzanien et y construire un hôpital. Nous avons lancé une levée de fonds, récolté 500 000 € et investi dans la construction d’un hôpital.
« Nous devons apprendre aux personnes et aux entreprises que si l’on veut faire des affaires, il faut les faire de manière plus verte. »
D : Entrepreneur de longue date, vous avez fondé votre propre start-up de livraison écologique avant Urbantz. Pouvez-vous nous raconter brièvement cette expérience ?
M : Avant Urbantz, j’ai travaillé pendant 5 ans dans la mobilité durable avec une entreprise appelée The Green Link. Nous étions 100 salariés à effectuer des livraisons en vélos-cargos électriques. Nous avons introduit ce nouveau concept écologique à Paris grâce à des centres de consolidation, des hubs urbains où nous recevions les colis de transporteurs comme TNT, DHL ou FedEx, avant de charger les marchandises dans des véhicules électriques pour assurer le dernier kilomètre.
Kasia : Pourquoi accorder autant d’importance à l’impact environnemental ?
M : Parce que la durabilité est un sujet transversal. Nous devons faire comprendre aux personnes et aux entreprises que si l’on veut faire des affaires, il faut les faire de manière plus verte. Sinon, on ne peut pas entreprendre de façon responsable. Je suis par exemple influencé par le travail de certaines entreprises, comme Patagonia : c’est une grande entreprise qui propose beaucoup de produits, mais qui investit ses bénéfices auprès de fournisseurs locaux. C’est exactement ainsi que je veux faire des affaires : avec une raison d’être, pour le bien commun. Générer du chiffre d’affaires est important pour payer les salaires et attirer des investisseurs, mais cela doit aller de pair avec la durabilité pour s’assurer de ne pas avoir d’impact négatif sur la planète.
D : Nous parlions de la durabilité et de ce qu’elle représente pour vous, mais que signifie-t-elle pour un secteur comme le nôtre ?
M : Faire des affaires dans la logistique implique souvent d’utiliser des camions et de mobiliser des personnes. Si vous voulez être plus durable, vous devez donc utiliser des véhicules électriques, optimiser les trajets et la capacité des véhicules. C’est ainsi que la logistique peut devenir plus verte. Il ne suffit pas de dire qu’il faut utiliser des véhicules électriques. C’est comme dans le secteur de l’énergie : il ne suffit pas de proposer des technologies renouvelables comme les panneaux solaires. Il faut d’abord améliorer l’efficacité en réduisant la consommation. Si vous faites les deux, vous avez la solution idéale. En logistique, on optimise d’abord les tournées, puis il faut utiliser des véhicules électriques ou des vélos-cargos. C’est beaucoup plus efficace.
« Il s’agissait de faire un travail habituellement complexe de manière simple et détendue. Il s’agissait aussi d’intelligence collective. Tout reposait là-dessus et sur la collaboration. »
K : D’où vient l’idée d’Urbantz ?
M : The Green Link exploitait un entrepôt urbain avec des livreurs à vélo. Chaque jour, je devais créer les tournées de livraison des livreurs à la main et gérer toutes les activités uniquement avec un stylo et du papier. Mon activité ne pouvait pas passer à l’échelle faute de technologie. J’ai donc décidé de construire cette technologie. J’avais identifié le besoin d’une solution simple et flexible. Avec cette idée, j’ai rencontré des partenaires informatiques, des éditeurs de logiciels, etc., puis j’ai rencontré Jon. Jon a compris ce que je voulais faire et souhaitait lui aussi créer une entreprise. C’est ainsi que nous avons commencé ; quelques mois plus tard, Melanie a rejoint l’entreprise et, dans les 6 mois suivants, nous avons commencé à grandir et à recruter.
K : Quelle était la mission principale de ce projet à ses débuts ?
M : Le slogan que nous utilisions à l’époque était « let it flow ». Il s’agissait de faire un travail habituellement complexe de manière simple et détendue. Il s’agissait aussi d’intelligence collective, et c’est pour cela que nous avons choisi la fourmi comme mascotte, pour la représenter. Tout reposait là-dessus et sur la collaboration. Nous ne savions pas encore si nous voulions exercer l’activité nous-mêmes ou simplement vendre le logiciel. Soit nous fonctionnions comme une place de marché, soit nous vendions uniquement la technologie. Je voulais faire les deux : développer la technologie et proposer un service. Jon voulait se concentrer sur la technologie, car les opérations étaient assez complexes. Finalement, nous avons décidé de nous concentrer sur la technologie.
K : Sommes-nous toujours sur la voie de cette mission initiale ? Quelque chose a-t-il changé entre-temps ?
M : La mission est désormais plus claire. Elle consiste aujourd’hui à rendre les livraisons plus efficaces et plus écologiques, afin de réduire le trafic lié aux livraisons. Nous voulons aussi créer une expérience client immersive, flexible et connectée. Je dirais que ce que nous avons ajouté, c’est l’accent mis sur l’expérience client.
D : Voyez-vous un avenir plus vert pour la livraison du dernier kilomètre, et quels sont les principaux obstacles pour y parvenir ?
M : L’avenir du dernier kilomètre passera par l’IA et les chauffeurs non humains. J’imagine une ville où, la nuit, des robots circulent pour livrer des colis aux commerces. Pourquoi ne pas faire toute la logistique la nuit ? Une logistique entièrement automatisée ! On observe déjà des progrès dans ce domaine avec les robots, l’IA et certains véhicules autonomes. La logistique ne devrait pas avoir d’impact sur l’environnement : nous disposons de toutes les solutions pour préserver notre écosystème : véhicules électriques, entrepôts de distribution urbaine, vélos. Nul besoin de voitures pour livrer des colis en ville. Le principal obstacle, outre le coût du changement, est la réglementation des villes. Les villes interdisent souvent les véhicules et les livraisons dans le centre sans proposer d’alternatives : elles doivent trouver des solutions. Bientôt, les gens n’auront plus le choix de pratiquer ou non la livraison verte et devront suivre le mouvement. Si demain une réglementation vous interdit d’utiliser votre voiture, vous marcherez ou prendrez votre vélo : vous n’aurez pas le choix. Je pense que cela doit se produire rapidement et de façon radicale, du jour au lendemain, et le secteur s’adaptera.
D : Merci, Michael.
M : Avec plaisir.
Cet entretien a été édité pour une meilleure compréhension.