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Transformer le monde des livraisons du dernier kilomètre
Trends Tendance s’est penché de près sur l’histoire et le développement d’Urbantz et s’est entretenu avec notre CEO, Jonathan Weber, de notre ambition de devenir le leader européen de la gestion des livraisons du dernier kilomètre. Voici l’article :
Devenir le logiciel numéro un de gestion du dernier kilomètre de la livraison à domicile. Tel est le défi de la start-up bruxelloise Urbantz, qui gère déjà ce maillon logistique pour le groupe Carrefour en France. Jusqu’ici discrète, la jeune pousse vient de lever 6 millions d’euros. De quoi intégrer le cercle restreint des start-up à suivre.
Ils sont une quarantaine au 11e étage de l’immeuble de bureaux de l’avenue Louise. Un cadre parfaitement aménagé, avec une vue dégagée sur Bruxelles, pour réunir ses jeunes équipes. Urbantz, qui développe une solution logicielle pour optimiser la gestion du « dernier kilomètre » de la livraison, est jusqu’à présent restée plutôt discrète dans notre écosystème national. Mais sa récente levée de fonds va désormais la propulser au rang des start-up belges en vue. La start-up vient de boucler sa série A pour un montant de 6 millions d’euros, provenant pour l’essentiel de deux fonds. Le premier n’est autre que Korys, le fonds de la famille Colruyt, qui soutient aussi Biocartis, Bio-Life, Newpharma, Ontoforce, etc. L’autre n’est pas belge : il s’agit du fonds de capital-risque londonien Environmental Technologies Fund (ETF) Partners.

Tous deux ont manifestement été séduits par l’approche d’Urbantz. Fondée en 2015, la start-up a développé une solution SaaS (software as a service) pour optimiser les tournées de livraison. Dans le jargon, on parle de TMS, un système de gestion du transport. Bien entendu, la start-up ne possède ni camionnette ni flotte. Elle se concentre sur le développement d’une plateforme digitale. L’un de ses fondateurs, Michael Darchambeau, avait une expérience dans le transport durable du « dernier kilomètre » à Paris et s’était alors rendu compte que le problème de « scalabilité » d’une telle activité nécessitait un système technologique.
« Nous devions réceptionner les colis qui arrivaient par centaines et consolider les livraisons, se souvient l’entrepreneur. Mais sans un système informatique performant, ce n’était pas possible de manière efficace. Et nous n’avions plus aucune visibilité une fois que le chauffeur quittait l’entrepôt… ».
C’est de là qu’est née l’idée d’Urbantz. Michael Darchambeau s’est associé à Jonathan Weber, Mélanie Applincourt, Dimitri De Boose (actuel CEO de Bsit) et Jérémie Jacquet (Adneom) pour fonder Urbantz – les deux derniers n’étant plus impliqués opérationnellement dans la start-up. Leur objectif est clair : digitaliser et optimiser les tournées des sociétés de transport de taille moyenne, qui se passent parfois encore d’outils numériques avancés pour organiser leurs livraisons. Le but est d’optimiser les trajets. Il s’agit de déterminer les itinéraires les plus courts, d’éviter que plusieurs camionnettes passent dans la même rue le même jour, et donc de réduire les trajets à vide, etc. « Nous garantissons ainsi une activité de livraison plus efficace, mais aussi plus durable », explique Jonathan Weber, CEO d’Urbantz.
La start-up a adopté un modèle économique assez classique dans l’univers du SaaS : un abonnement lié aux volumes. Un peu comme dans les télécoms : les entreprises souscrivent des forfaits couvrant un certain nombre d’unités (de livraisons). L’utilisation du logiciel ne coûte aux clients que quelques centimes par livraison. « Dans le coût d’une livraison, cela reste marginal pour nos clients, mais nous représentons un élément différenciant », fait valoir Jonathan Weber.

Sur la photo, de droite à gauche : Michael Darchambeau, Jonathan Weber et Melanie Applincourt.
Pour la start-up, ces « quelques centimes » commencent à s’additionner. Urbantz ne dévoile pas son chiffre d’affaires actuel, mais on imagine sans peine que le MRR (revenu mensuel récurrent) de la jeune pousse dépasse les 100 000 euros par mois. C’est généralement le niveau de MRR des sociétés SaaS lorsqu’elles lancent leur tour de table de série A.
Au départ, Urbantz pensait cibler principalement les petites et moyennes entreprises de livraison qui assurent, pour le compte d’autres sociétés, la livraison à domicile de colis lourds et encombrants ou de meubles, comme des réfrigérateurs et des lave-linge. Bref, des produits qui ne trouvent pas facilement leur place dans des réseaux comme celui de bpost en Belgique. Aujourd’hui, elle cible toutefois de grands comptes, comme des distributeurs et des grossistes. Urbantz a par exemple signé un contrat avec Carrefour France, qui utilise le SaaS de la start-up belge pour toute sa logistique du « dernier kilomètre » en France.
« Nous travaillons avec ces grands comptes, et c’est particulièrement intéressant pour nous, car nous gérons la logistique de livraison mais aussi toute la relation (SMS, enquête de satisfaction, etc.) avec le consommateur final », explique Jonathan Weber.
« En outre, nous offrons une réelle transparence à nos clients. Sans nous, un grand distributeur n’a aucune visibilité sur les livraisons une fois qu’il a confié ses colis au transporteur. Pourtant, c’est lui qui est en première ligne lorsque le client final se plaint de ne pas avoir reçu son colis. Avec Urbantz, le transporteur, le client et le distributeur ont tous une vue sur la livraison. »
Cela change considérablement la donne, puisque les grands distributeurs peuvent désormais souscrire un abonnement Urbantz et imposer cette solution aux sociétés de transport avec lesquelles ils travaillent. Mais selon le CEO d’Urbantz, cela ne crée pas de tensions avec les transporteurs. « Ils peuvent être réticents au changement », admet Jonathan Weber, « mais les transporteurs de taille moyenne savent que leur façon de travailler n’est pas forcément la plus efficace. Et c’est normal : ils n’ont ni les moyens ni les compétences pour développer une telle technologie »_.
Cette levée de fonds de 6 millions d’euros fait suite aux 2 millions d’euros levés précédemment auprès de grandes familles belges, de business angels et de deux fonds : Sambrinvest et Seeder Fund. Ensemble, les fondateurs restent majoritaires au capital. Mais, comme la plupart des start-up en forte croissance, ils lèvent des fonds pour permettre à leur entreprise d’accélérer encore. À commencer par le recrutement. Urbantz prévoit de passer de 40 collaborateurs actuellement à quelque 60 ou 65 d’ici la fin de l’année. Et à 100 d’ici fin 2021. Urbantz recrute différents profils : commerciaux, développeurs et spécialistes des données…
« Nous levons des fonds pour nous renforcer », déclare le CEO. « Renforcer les équipes, les processus et les outils. Nous sommes en phase de scale-up et avons l’ambition de devenir un acteur qui compte, d’abord au niveau européen, puis mondial. C’est réalisable compte tenu du peu de concurrents auxquels nous faisons face et des conditions du marché : la livraison est en plein essor et la durabilité en ville devient un enjeu majeur ».
Actuellement, les principaux marchés d’Urbantz sont la France et la Belgique, mais la start-up a déjà conclu des contrats dans 15 pays, dont la Finlande, la Lituanie, des pays d’Europe du Sud et du Moyen-Orient.
Cet article a été publié initialement dans Trends-Tendance le 12 mars 2020 sous le titre « La start-up belge qui veut optimiser la livraison à domicile ».